Le satanisme

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Le satanisme

Message par drakaon le Dim 16 Avr - 15:16

Le satanisme est généralement considéré comme une religion dédiée au culte de Satan ou l'un de ses avatars. Il peut aussi être vu comme une philosophie de vie égoïste et hédoniste, basée sur le modèle de Satan.

Satanisme de LaVey

Origine

Le principe du satanisme est une inversion des dogmes chrétiens qui prône l'adoration du prince du mal : Satan, Lucifer, le diable... quel que soit son nom. Cette théologie négative a toujours existé dans le mythe judéo-chrétien mais n’est devenue dualiste qu’à partir des Évangiles et du Nouveau Testament. Le dieu unique de l’Ancien Testament Yahvé se montre parfois redoutable, et comme ses équivalents du Moyen-Orient, il dispose d’agents, malak Yahveh, anges chargés des basses besognes. Parmi eux se trouve un type d’ange, un satan, de la racine hébraïque stn signifiant « l’opposant », « celui qui met un obstacle ». Le terme « satan » est un titre et non pas un nom personnel, ce type d’ange faisant partie de la cour de Dieu comme bene’elohim (« fils de dieu »). Pour comprendre l’évolution de Satan en ange rebelle, il faut se replonger dans la littérature apocryphe apocalyptique d’avant l'ère chrétienne. Les livres d’Enoch décrivent la révolte des anges qui enfreignent la séparation entre le divin et l’humain en s’accouplant aux femmes. En outre, ils apprennent à l’humanité la métallurgie, l’art des bijoux et des cosmétiques. Ici naît l’existence du mal, indépendant de la volonté de Dieu. Un lien est établi entre le sexe, la maîtrise de la technique par l’homme et le mal. L’ange prométhéen, Lucifer, est puni pour sa désobéissance, pour avoir transmis la connaissance charnelle et intellectuelle contre la volonté de Dieu.

Naissance du dogme

Au début du XXe siècle commencent à émerger des organisations dites lucifériennes, comme la Fraternitas Saturni, le Palladisme de Margiotta et Pike (probablement une invention des écrivains catholiques de l'époque), ou encore l’Astrum Argentum de Crowley. De ces noms, on ne retient souvent que les orgies de drogue et de sexe, ainsi que les doctrines et pratiques ésotériques souvent issues de la Kabbale hébraïque. Cependant, Crowley sortira du lot, créant sa religion thélémite basée sur une gnose hermétique (et qui donnera plus tard naissance à la magie du chaos de Peter Carroll). Elle laissera une trace par son esprit libertaire.
Il faut attendre Anton Szandor LaVey et sa Bible Satanique en 1968, acte de naissance de la philosophie et religion sataniste, pour parler de satanisme moderne. LaVey avait fondé deux ans auparavant l’Église de Satan à San Francisco, dans un acte symbolique pour rassembler des individus liés par le mythe du Prince des Ténèbres. Car il s’agit bien de la symbolique du mythe de Satan sur lequel le Satanisme moderne fonde sa philosophie : il n'y a ici nulle croyance en une déité nommée Satan. Bien que le terme de religion soit employé, il faut en préciser le sens. Le Satanisme moderne place le sentiment de divinité en soi-même, cultive l’ego, Satan étant l’incarnation des instincts charnels de l’Homme et l‘affirmation de sa volonté. LaVey puise son inspiration de Nietzsche, Darwin, Jung, Reich et de la philosophie objectiviste d’Ayn Rand

La bible satanique

Elle est voulue comme une parodie de la Bible, et est en même temps le livre de référence du satanisme, le mot bible ayant un impact philologique fort. LaVey est un homme érudit mais autodidacte (il ne possède pas de diplômes), qui désire faire une synthèse de la philosophie sataniste dans un livre attractif. Il sait que la forme compte autant que le fond. Les neufs commandements sataniques ouvrent l’œuvre sur quatre livres : Satan, Lucifer, Bélial et Léviathan, symbolisés par les quatre éléments. Voici ces commandements :

1.Satan représente l'indulgence, plutôt que l'abstinence !
2.Satan représente l'existence vitale, et non des promesses spirituelles irréalistes !
3.Satan représente la sagesse infinie, au lieu de l'hypocrisie dans laquelle se complaisent les hommes !
4.Satan représente la bonté pour ceux qui la méritent, au lieu de la prodigalité gaspillée pour des ingrats !
5.Satan représente la vengeance, plutôt que le pardon.
6.Satan représente la responsabilité à ceux qui savent l'assumer, plutôt que de se soucier des vampires psychiques !
7.Satan représente l'homme simplement comme un animal parmi tant d'autres, parfois mieux, souvent pires que ceux qui marchent à quatre pattes, qui, grâce à son prétendu « développement intellectuel et spirituel, » est devenu le plus vicieux de tous les animaux !
8.Satan représente les prétendus péchés, puisque ceux-ci mènent à la gratification physique, mentale, ou émotionnelle !
9.Satan est le meilleur ami que les Églises aient eu, puisqu'il les a maintenues en affaires depuis si longtemps !
Les deux derniers livres sont consacrés à la magie satanique et à ses rituels. Magie ? Oui, car selon LaVey, l’homme a naturellement besoin d’illusions, c’est une réalité psychique fondamentale - mais dans le satanisme, il est conscient de ce qui le conditionne. Les rituels se constituent en psychodrames entourés de « sacré » et visant à obtenir une catharsis. Mais la magie, c’est aussi l’empathie, le charisme, le charme et la manipulation psychologique.

La philosophie sataniste

LaVey a une idée précise, née de son observation des comportements humains, de la philosophie de vie qu’il veut édicter. Il récupère notamment dans un livre oublié Might is Right de Ragnar Redbeard des éléments pour Le Livre de Satan. La pensée darwiniste (brutalisée) et anti-religieuse de Redbeard convient parfaitement au point de vue satanique; cependant LaVey en expurge toutes les notions raciales propre à Redbeard et à son époque. Le Satanisme moderne base son élitisme sur l’intelligence et non pas sur une prétendue race supérieure. Il signifie une adhésion au principe que toutes nos convictions, nos buts, nos valeurs, nos désirs et nos actions devraient être fondés sur, dérivés de, choisis et validés par un processus rationnel aussi précis et scrupuleux qu’il nous soit possible, en stricte application des lois de la logique. Il signifie notre acceptation de la responsabilité de former nos propres jugements et de vivre du travail de notre propre esprit (indépendance). Il signifie que nous ne devrions jamais sacrifier nos opinions aux convictions ou aux désirs irrationnels des autres (intégrité) ; et que nous ne devrions jamais chercher à nous approprier ou à nous octroyer ce que nous ne méritons pas, ou ce qui ne nous revient pas de droit - que ce soit dans le domaine matériel ou spirituel (respect de la propriété individuelle). Il signifie que nous ne devrions jamais désirer d’effets sans causes, et que l’on ne devrait jamais donner naissance à une cause sans assumer pleinement la responsabilité de ses effets ; que nous ne devrions jamais agir comme un zombie, c’est-à-dire sans connaître nos propres buts et motifs ; que nous ne devrions jamais prendre de décisions, nous forger des convictions ou nous approprier des valeurs hors contexte, c’est-à-dire sans tenir compte de la somme totale et intégrée de nos propres connaissances ; et, par-dessus tout, que nous ne devrions jamais tenter de laisser passer une contradiction. Il signifie aussi le rejet de toute forme de mysticisme, c’est-à-dire de toute prétention à une source de connaissance surnaturelle et non sensorielle. Il signifie enfin un engagement à user de la raison, non de manière sporadique ou en l’appliquant seulement dans certaines circonstances, ou dans des cas d’urgence, mais comme une façon de vivre permanente. LaVey résume ceci avec pragmatisme dans ses onze règles de la Terre :

1.Ne donnez pas votre opinion ou vos conseil à moins qu'on ne vous l'ait demandé.
2.Ne confiez pas vos angoisses ou autres troubles à autrui à moins que vous ne soyez certains d'être écouté.
3.Si vous allez dans la maison d'un autre, montrez-lui du respect, sinon n'y allez pas.
4.Si un invité dans votre maison vous contrarie ou vous embête, traitez-le cruellement et sans pitié.
5.Ne faites pas d'avances quelles qu'elles soient, à moins que vous ne puissiez réaliser ce que vous avancez (ne soyez pas prétentieux).
6.Ne prenez pas ce qui ne vous appartient pas, à moins que ce bien soulage son propriétaire et qu'il veuille s'en défaire.
7.Reconnaissez le pouvoir de la magie si vous l'avez employée avec succès pour réaliser vos désirs. Si vous reniez ces pouvoirs après y avoir fait appel avec succès, vous perdrez tout ce que vous aurez obtenu par leur aide.
8.Ne vous plaignez de rien qui ne vous concerne pas personnellement.
9.Ne maltraitez pas les enfants.
10.Ne tuez pas d'animaux , sauf pour vous défendre ou pour vous nourrir.
11.Quand vous sortez, n'ennuyez personne. Si quelqu'un vous ennuie, dites-lui d'arrêter. S'il continue à vous ennuyer, détruisez-le !
De la même façon que l’homme est un autodidacte dans le domaine matériel, il est un « autodidacte dans le domaine spirituel ». Cela signifie que l’on doit mériter le droit de se considérer soi-même comme notre plus grande valeur en réalisant notre propre perfection morale, c’est-à-dire en refusant d’accepter tout code fondé sur des vertus irrationnelles qui seraient impossibles à mettre en pratique. Il faut s’assurer alors d'user de celles qui le sont, en refusant toute culpabilité imméritée, en ne s’y exposant pas et en corrigeant promptement celle que l’on aurait pu mériter. Et enfin, par-dessus tout, la perfection morale s’accomplit en refusant de jouer le rôle d’un animal sacrificiel et en refusant toute doctrine qui prêche l’auto-immolation comme une vertu ou un devoir moral.

L’individualisme est au centre du satanisme, un individualisme éclairé où l’ego se réalise pleinement - « indulgence au lieu d’abstinence » disait A S. LaVey, « mais pas compulsion », ajoutait-il. Le satanisme place l’humain comme la seule valeur supérieure, en cela il est un concept anti-théos, mais il se bat aussi contre le structuralisme conservateur de nos sociétés modernes qui étouffe l’essence de chaque homme. Le satanisme nie l’égalitarisme « démocratique », le qualifiant de mensonge pieux qui permet aux gouvernants de vendre de la liberté « formelle », posant comme acquis l'idée de tous les hommes égaux en valeur. L’égalité n’est pas une loi de la nature, ni en corps ni en esprit. Selon la doctrine sataniste, malgré son degré d’évolution, l’homme reste un animal, et de par ses instincts la loi de la jungle prévaut sur terre, malgré les bonnes manières « civilisées » de l'homo sapiens. La liberté est le bien le plus précieux pour un sataniste, c’est pourquoi « il est préférable d’être un maître en enfer, qu’un esclave au paradis ! » (John Milton, Paradise Lost, Livre I, vers 263: "Better to reign in Hell than serve in Heaven!").

Le satanisme moderne se veut une tranchante césure rationnelle avec les tâtonnements occultistes passés, une philosophie de vie où l’humain reprend son trône au divin, affirmant sa volonté satanique de régner selon ses désirs, ici bas.

Bibliothèque satanique

La Bible Satanique, Anton Szandor LaVey
Les Rituels Sataniques, Anton Szandor LaVey
La Sorcière Satanique, Anton Szandor LaVey
La Sorcière Complète, Anton Szandor LaVey
Le Carnet du Diable, Anton Szandor LaVey
Satan Parle, Anton Szandor LaVey
La Vie Secrète d’un Sataniste, Blanche Barton
L’Église de Satan, Blanche Barton

La plupart de ces ouvrages n'est pas disponible en français, la version française des titres n’est pas officielle.

Satanisme luciférien


Alors que le satanisme chrétien se construit en opposition à l'Église, le satanisme luciférien constitue, même s'il est mal connu en Europe mais très présent en Amérique du Sud, une véritable religion ayant ses propres bases. Cette croyance est fondée sur l'idée que Lucifer est le seigneur de la Terre, sa lumière, alors que Dieu agirait sur d'autres plans. Cette croyance si elle peut rejoindre sur le principe beaucoup d'autres spiritualités, occulte le fait que la vie physique et matérielle (celle terrestre dont Lucifer est considéré comme seigneur) dans les préceptes de Lucifer ne favorise pas une élévation au delà des plans primaires (physique). Il est aussi présent, sous une forme plus symbolique mais moins répandue encore, comme étant une hygiène de vie, la recherche des formes sombres, ou plutôt assombries par l'ignorance, de notre esprit pour aboutir à une plus parfaite connaissance de nous même et de notre inconscient, par des voies réprouvées en grande majorité par le judéo-christianisme actuel. Il ne prône en aucun cas l'adoration d'une quelconque icône ou entité mais en l'observation de certaines règles de base, comme la remise en question de tout ce qui nous entoure, sans exception et sans aucune censure, comme le principe du non agir, qui est proche du taoïsme, comme l'abandon du matérialisme pour une vie spirituelle, calquée sur le bouddhisme anté-brahmique, comme, pour finir, mais ce n'est pas tout, une absence de dogme absolu, aucune hiérarchie, aucune route tracée si ce n'est celle de l'incertitude, "on n'est jamais sûr de rien". Ce courant est aussi appelé Lucifellisme.
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